Le noir n’est plus ce mur encrassé par la suie du jour éteint, je le franchis, c’est l’air limpide,
taciturne, j’avance parmi les feuilles apaisées, je puis enfin faire ces quelques pas,
léger, comme l’ombre de l’air […]
*
Terre de plus en plus visible et grande, tombe
et déjà berceau des herbes […]
— Philippe Jaccottet, À la lumière
d’hiver (1977)
À travers Foliatura – qui
peut se traduire du latin par « la branche », « le feuillage » – ,
Axelle Rioult œuvre à la saisie d’un état transitoire du végétal, engagé
dans un perpétuel devenir.
C’est sur le territoire normand auquel l’artiste
visuelle est intimement liée que l’ensemble de son travail, nourri de
son expérience de peintre et de son attrait ancien pour l’art japonais,
prend racine. Recueillies au cours d’arpentages immersifs dans les
jardins botaniques de Caen et du Havre, les présences éphémères, presque
évanescentes, se composent dans le contexte d’une période marquée par
le(s) deuil(s) comme autant de manifestations sensibles de la fragilité
du vivant.
Le choix du cadrage frontal, procédant du all-over,
ainsi que les prises de vue serrées participent à exalter le sujet
végétal lequel se trouve transfiguré en une sorte de micro-paysage, au
seuil de l’abstrait. Axelle Rioult privilégie le rendu de la matière
végétale, sublimée par le piqué d’un tirage précis, le rapport subtil
des valeurs de gris et la verticalité. Les frondaisons semblent ainsi,
dans un même temps, émerger de la pénombre et replonger lentement vers
la terre nourricière, promesse de prodigalité et de semaisons à venir.
Certaines
photographies résultent de la synthèse de trois plans : les reflets à la
surface des verrières des serres, les éléments situés en avant de
celles-ci et ceux visibles au-delà de l’architecture. Ce phénomène
optique, cher à l’un de ses découvreurs, Eugène Atget, produit
d’étonnants effets de transparence ; remarquablement maîtrisé, il
trouble la perception de profondeur et paraît rejouer l’essence même du
photographique : le passage de la lumière à travers une surface
photosensible. Tapissées de multiples stratifications de matières
organiques, les parois vitrées, en redoublant le processus de
métamorphose qui innerve l’organique, parachèvent la photographie du
cycle vie-mort-vie.
Les formes, « mises à plat » sur le verre de la
caméra puis sur le tirage papier, s’enchevêtrent pour ne produire qu’une
seule image offerte aux cheminements de la rêverie. Dans la chaleur
moite de l’écrin de verre, les volutes et les arabesques proliférantes
s’entrelacent, se prolongent l’une dans l’autre, débordent le
photographique, générant ainsi du mouvement, celui même de la vie
Maiwenn Josse
Une exposition présentée à La Teinturerie et
réalisée par l’Ardi – Photographies dans le cadre du festival Normandie
Impressionniste 2026.
Du 1er août au 27 août 2026 à La Teinturerie, 9 rue des
Teinturiers, 14000 Caen Entrée libre Du mardi au vendredi 14h-19h le samedi 11h-19h
Vernissage Samedi 1er août à 11h
Visite commentée samedi 1er août à 16h30
Visite croisée mercredi 26 août à 17h avec Laura Dumoussaud
(auteure de l’exposition Ephémérides organiques) départ à 17h depuis la galerie Mancel
Axelle Rioult ne se dit pas photographe, elle est
avant tout artiste et utilise la photographie comme médium principal
pour sublimer le témoignage d’une rencontre avec un lieu ou un sujet.
L’artiste tisse toujours cette rencontre dans la durée, explorant toutes
les strates de la découverte à l’intimité avec le lieu. Elle réinterroge
avec patience le banal dans une tentative d’épuisement sensoriel. La
recherche est intuitive, l’objectif et le corps sont les outils actifs
de ce voyage qui est plus affaire de déplacement du regard que de
transformation du réel.